Maman fait du porno

Interview

“J’ai dû expliquer à mon fils pourquoi les clients de l’épicerie du quartier me regardaient avec un sourire en coin”

arton1806

Peut-on être une bonne mère, tout en faisant carrière dans le porno ? Tel est le combat de l’actrice Alana Evans. Après quinze ans de carrière, environ 500 films tournés et un AVN Award (l’Oscar du X) glané en 2007, celle-ci, désormais âgée de 36 ans, raconte les regards des voisins, les saloperies de la belle-famille, les vannes des ados du lycée. Et se rappelle surtout du jour où elle expliqua à son fils, aujourd’hui devenu un marine (soldat de marine américain), quel était son métier dans la vie…

À quel âge avez-vous eu votre fils ?
À 17 ans. J’étais donc réellement une “MILF” [“mother I’d like to fuck” ou, en français, MBAB “mère bonne à baiser”, ndlr], lorsque j’ai commencé à travailler dans le porno. Dans le X, de nombreuses actrices se font appeler “MILF”, mais n’ont pas d’enfant. Moi, j’ai réussi à faire les deux. Et ce n’est pas évident de rester sexy quand vous devez courir après vos enfants !

Comment êtes-vous venue à faire du porno ?
Vous savez, je viens d’un environnement stable : je n’ai jamais eu de problème, aucun casier judiciaire, j’ai eu mon bac, je suis allée à la fac. Ce n’est jamais évident d’être mère au foyer et de travailler. À un moment, mon mari, qui était policier, a été blessé dans l’exercice de ses fonctions. Rien de grave, mais il a dû mettre un terme à sa carrière et ne pouvait plus prendre soin de sa famille. Nous étions très ouverts, sexuellement parlant, et tous deux savions que le sexe n’avait rien à voir avec l’amour. Il m’a aidée à trouver ma voie, m’a trouvé un agent. Donc, j’ai commencé à travailler dans le porno pour prendre soin de ma famille. Mon mari a fini par se montrer violent, et le porno m’a donné la possibilité de prendre soin de moi, de prendre soin de mon enfant, qu’il mange à sa faim, qu’il ait un toit. Tout ce dont il avait besoin. Le porno m’a permis de travailler un à deux jours par semaine, sans jamais avoir à manquer. Et surtout, être tout le temps avec mon fils, être celle qui l’aidait bénévolement à l’école, qui l’aidait à faire ses devoirs.

Mais pourquoi le porno en particulier ?
Mon mari voulait avoir un certain contrôle sur ma vie, j’ai donc dû trouver une solution pour m’échapper rapidement de cette situation. Je ne veux pas dire que c’était la solution de facilité, parce que c’est un travail très dur. Certaines ne peuvent pas faire ce métier et se sentir bien à la fin de la journée en rentrant chez elles. J’ai beaucoup d’amour-propre, et faire l’amour devant une caméra n’a jamais pu me l’enlever.

Quels sont les autres avantages de travailler dans le porno, en tant que mère ?
Outre le fait de passer du temps avec mon enfant, ça m’a offert beaucoup d’opportunités comme voyager un peu partout dans le monde, rencontrer de superbes personnes qui m’ont beaucoup soutenue. C’est une vie faite de fun et de glamour.

Vous n’avez jamais douté de ce choix ?
Je ne suis pas le genre de personne qui dira que le porno m’a fait beaucoup de mal, tout simplement parce que je ne suis pas une victime. Je suis passée par des moments difficiles dans ma vie, mais je suis une battante, une survivante, et j’ai tiré tous les avantages que le porno m’offrait. Bien sûr, certaines personnes rentrent dans ce milieu parce qu’elles ont des problèmes à régler. Mais si l’on est un tant soit peu intelligent, on peut très vite prospérer, et j’ai toujours considéré cette industrie comme un business.

Finalement, vous faites du porno comme vous auriez pu faire autre chose ?
Tout le monde me dit que j’aurais dû me lancer dans la boxe ! (rires) Avec mon mari actuel, Chris Evans (lui aussi acteur X, et réalisateur), nous sommes ensemble depuis quatorze ans maintenant, et il a été le beau-père idéal pour mon fils. J’ai essayé d’en faire de même avec ses deux enfants. L’un d’eux vit avec nous, il est adolescent maintenant, et nous essayons d’être le plus ouverts possible avec lui. Il n’y a pas de place pour l’hypocrisie chez nous, et nous avons toujours essayé de les guider dans la bonne direction, de les considérer comme les adultes qu’ils seront plus tard. Est-ce que je leur dis “tu devrais être acteur X !” ? Nooon ! (rires) Je leur dis justement que ce n’est pas parce que j’ai fait ça, qu’ils ont à le faire aussi. J’ai sacrifié certaines choses de ma vie pour leur donner les chances que je n’ai pas forcément eues par le passé.

Vous dites qu’il n’y a pas d’hypocrisie chez vous : depuis combien de temps votre fils connaît-il votre métier ? Vous savez, j’ai beaucoup couvé mon fils. Ainsi, j’ai pu lui apprendre les choses correctement, pas à pas. Un gamin de huit ou neuf ans ne peut pas comprendre ce qu’est un film pour adultes, sinon ça le perturbe trop. À un moment, j’ai dû lui expliquer pourquoi les clients de l’épicerie du coin me regardaient avec un sourire en coin, agissaient bizarrement avec moi. Donc, je lui ai dit que j’étais actrice, que j’apparaissais dans des magazines ou à la télévision. Et une fois qu’il avait atteint la puberté, et qu’il savait un peu mieux ce qu’était le sexe, c’est là que je lui ai dit : “Tu sais, les films qui passent tard le soir à la télé, où les gens sont tous nus ? Ben, Maman joue dedans”. Pour les enfants de mon mari, qui sont plus jeunes, c’est plus compliqué, notamment à cause de leur mère. Elle ne m’aime pas, n’accepte pas la vie que j’ai choisie, donc elle utilise ça avec eux pour les mettre mal à l’aise ou les rendre malheureux. C’est dur pour eux. Donc je leur dis que ce n’est pas parce que je fais ça que j’ai moins d’amour pour eux, que je le fais simplement pour prendre soin d’eux.

C’est fréquent, ces problèmes avec les adultes autour de vous ?
Absolument. Lorsque les deux enfants de mon mari sont partis en école privée, quand ils vivaient avec leur mère, cette dernière a dit aux parents d’élèves ce que je faisais dans la vie. Avant d’avoir pu faire quoi que ce soit, les enfants de mon mari ont commencé à avoir des soucis avec leurs professeurs, dont le principal. Les adultes ont utilisé des termes inappropriés, mes enfants ont été accusés de choses ridicules et nous avons dû intervenir avec mon mari et prouver que ce que nous disions à nos enfants n’était pas gênant. Nous avons dû prouver que nous étions de bonnes personnes, que nous n’étions pas accros à la drogue, que nous ne faisions rien d’horrible au sein de notre maison. À cause de mon métier, j’ai toujours redoublé d’efforts pour me justifier.

Ce n’est pas trop dur d’avoir à se justifier sans cesse ?
C’est dur, oui, mais je suis qui je suis, et je fais toujours en sorte que les gens le sachent aussi. Quand les copains de mes enfants viennent jouer à la maison, leurs parents savent toujours quel est mon métier. D’ailleurs, je n’ai jamais eu aucun problème avec eux. Vous savez, je vis dans un quartier qui se trouve être la capitale mondiale du porno, donc c’est devenu normal. Certains des enfants qui vont à l’école avec les miens ont aussi des parents dans le milieu. Nous ne sommes pas pris à part ou maltraités. C’est aussi pour ça que je m’engage dans ma communauté, que je fais du bénévolat, que j’aide du mieux que je le peux.

Vous êtes croyante ?
Je suis chrétienne protestante, oui. Je prie tous les soirs. Bon, je ne vais plus autant à l’église parce que…

C’est difficile de se lever le dimanche matin ?
Exactement ! Mais je suis définitivement une personne croyante. Mon fils, mon marine est croyant, aussi. Je le soutiens beaucoup là-dedans. Il est génial. Tout ce qui s’est passé dans ma vie ne l’a jamais affecté.

Vous essayez également de le protéger de votre métier ?
Il a vingt ans, maintenant ! (rires) Il regarde des films pour adultes, mais, Dieu merci, pas un seul avec moi ! (rires) Ça serait très bizarre, quand même… C’est un grand garçon donc, disons que maintenant, c’est plutôt lui qui me protège.

Vous l’avez déjà chopé en train de regarder du porno, quand il était adolescent ?
C’est drôle que vous disiez ça, parce qu’il était plutôt branché porno soft, le genre de magazines qu’on peut trouver dans les liquors store. J’avais déjà regardé son historique sur Internet, et il n’y avait que du porno soft. Mais je pense qu’à partir du moment où les adolescents deviennent sexuellement actifs, ils sont plus concentrés sur la vraie vie, ce qu’ils ont en face d’eux ! (rires) Et comme il est plutôt beau gosse, il n’a jamais eu de problème avec ça.

C’est très surprenant la façon dont vous surprotégez sa vie, quand même.
Je respecte totalement sa vie privée. J’ai fait le choix de travailler dans le porno, pas lui. Et je trouve que c’est vraiment mal lorsque les gens du milieu postent des photos de leurs enfants sur les réseaux sociaux, par exemple. La dernière chose que je voudrais dans ma vie, serait de poster des photos de mes enfants et qu’ils puissent être reconnus. Ce n’est pas juste pour eux.

Il paraîtrait que, dans l’équipe de football américain de votre fils, vous avez une certaine notoriété...
Ah ah ! Ce jour tristement célèbre où un coéquipier de mon fils est venu le voir dans les vestiaires et lui a dit “Dude, ta mère fait du porno ?” Mon fils est rentré en disant “Ça y est !” Je lui ai demandé “Quoi ? – Un copain m’a demandé si tu faisais du porno”. Que s’est-il passé ? “Rien, ils ont juste dit que c’était cool”. Et maintenant, j’ai même une chanson à mon nom ! (rires) Parfois, certains s’imaginent que je suis comme la mère de Stiffler dans “American Pie” (une cougar, fan de jeunes étudiants), mais je suis à l’opposé du personnage. Je suis plutôt la maman hors de portée : tu peux regarder, mais ça s’arrête là.

Peut-on en savoir un peu plus sur votre fils ?
Tout d’abord, il faut savoir qu’il est métis. C’est une personne géniale : il a grand cœur, il ne m’a jamais mené la vie dure, il est fort et athlétique. L’armée a toujours été une affaire de famille. Mon père était militaire, ma sœur aussi, donc j’ai tout à fait compris sa décision de s’engager dans les Marines. Je ne suis même pas devenue folle quand il m’a dit qu’il s’engageait parce qu’il est intelligent et qu’il va étudier le droit militaire. J’espère qu’il n’aura jamais à aller sur un champ de bataille, et je prie tous les jours pour ça.

D’ailleurs, vous êtes allée à la remise de son diplôme des Marines Corp, il y a quelques jours ?
J’ai pleuré tout du long… Vous savez, mon fils s’est blessé au camp d’entraînement. C’était très difficile pour moi, parce qu’il a du être opéré de la jambe, il a eu des complications postopération et nous n’avons pas pu nous voir durant dix mois. Seulement nous parler par téléphone. Donc, lorsque je l’ai vu à la cérémonie, je ne pouvais pas être plus fière.

Est-ce que vous craignez pour sa vie, maintenant qu’il est un marine ?
À 100 %. Il veut devenir avocat militaire, mais tout marine est également soldat. Donc, si le pays a besoin de lui pour aller à la guerre, il ira. Je prie toutes les nuits pour qu’il me revienne à la maison, entier.

Au-delà d’être une bonne mère, vous dites aussi être une citoyenne modèle.
Absolument. Je ne suis jamais allée en prison, j’ai même été membre d’un jury lors d’un procès. Je donne de l’argent pour les sans-abris, je nourris les chats errants qui viennent sur mon perron, je sauve même les abeilles en train de se noyer dans ma piscine ! (rires) Je suis comme ça.

Peut-on dire que votre carrière dans le porno vous a rendue meilleure ?
On peut dire ça comme ça. Ça m’a permis de me dévouer aux autres bénévolement. Vous savez, je suis une âme charitable et ça m’a aidée à soutenir certaines filles qui avaient besoin de soutien dans ce milieu, les aider à trouver leur voie.

Maintenant que vous avez 36 ans, vous êtes plus proche de la fin de votre carrière que du début. Qu’allez-vous faire par la suite ?
J’ai plein de plans ! Je suis une grosse fan de jeux vidéo, je gère mon propre site “pwnedbygirls.com”. J’y passe la majorité de mon temps, désormais. Je fais toujours quelques scènes par-ci par-là, mais les jeux vidéo prennent toute mon énergie. Donc, j’ai prévu de faire ça pour un petit bout de temps encore.

Ainsi, pas de boulot lambda ?
Pas de boulot lambda ! (rires) Tout au long de ma vie, je n’ai jamais eu de boulot lambda et je n’en aurais sûrement jamais. Soyons réalistes : si j’obtiens un travail dans un bureau, à moins que ce soit en compagnie de personnes que je connais, je devrais me confronter au harcèlement sexuel, à mon passé qui ressurgirait. Plusieurs anciennes actrices porno ont tenté de travailler normalement, mais elles n’y sont jamais parvenues. Non, je pense que je vais fonder une association caritative pour aider les actrices X. Et jouer aux jeux vidéo, bien sûr. Je finirais bien par devenir grand-mère et j’apprendrais à mes petits-enfants comment y jouer !

Article paru dans Doolittle n°16 "L'école enfin expliquée aux parents".
Propos recueillis par Matthieu Rostac.
Photos DR.

 

Lire les 2 commentaires

  • samedi 1 juillet 2017
    : "Mais préjugés se font secouer et c'est très bien ainsi."
  • samedi 21 septembre 2019
    : "Bravos vs été une bonne mere"

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