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Comment vont (vraiment) les <i>mères</i> ? - Doolittle
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Comment vont (vraiment) les mères ?

On pensait avoir avancé. On pensait pouvoir souffler un peu. Et pourtant, être mère aujourd’hui semble toujours être un parcours aussi beau que complexe, un mélange intime de joie immense… et d’épuisement silencieux.

Devenir mère a été pour moi un cadeau. Oui, le plus beau c’est vrai. Mais un cadeau emballé dans plusieurs couches de fatigue, de doutes et de questions sans réponse. Les réseaux sociaux ont permis de mettre des mots sur certains de ces sentiments, mais c’est l’étude State of Motherhood in Europe, menée par l’ONG Make Mothers Matter auprès de 9600 mères dans 12 pays (dont la France), qui m’a fait réaliser l’ampleur du phénomène. Parce que ce que révèle ce rapport, c’est que la maternité en Europe repose encore trop sur l’auto-débrouille, la charge mentale et la conciliation impossible, souvent dans un silence poli, timide… ou forcé ? On demande beaucoup aux mères, mais on leur en donne bien peu en retour. 

La charge mentale, une réalité chiffrée 

Selon le rapport, 67% des mères européennes vivent en surcharge mentale. Et une mère sur deux a souffert cette année de troubles tels que l’anxiété, la dépression, le burnout ou la dépression post-partum. En parallèle, 63% des tâches domestiques et de care reposent encore sur les mères, qu’elles travaillent ou non. Quand j’ai posé la question à ma communauté sur Instagram, j’ai été frappée par la force et la lucidité des réponses : “Les chiffres sur la surcharge mentale me semblent faibles !”, “Mon mari fait plein de choses à la maison, par contre c’est toujours moi qui pense aux rendez-vous médicaux, aux rappels etc.”, “Ce chiffre est effrayant, comment peut-on laisser 50% des femmes dans l’incompréhension et sans suivi qualitatif ?” ou encore “Je me sens mentalement surchargée. Le livre “Chasseur, cueilleur, parent” explique que sans village, c’est la galère en fait la maternité”. Pour tenter d’apporter plus de soutien et faciliter une meilleure répartition de la charge mentale, le Sénat a récemment approuvé la création d’un nouveau congé de naissance, prévu pour janvier 2027. Une avancée, oui : mais rappelons que 25% des pères ne prennent toujours pas leur congé paternité.

La réalité, c’est que beaucoup de mères se sentent seules : physiquement, émotionnellement, mentalement. D’ailleurs, seulement 51% estiment avoir du temps pour elles. Un vrai temps pour soi, pas une course sans enfant ou le luxe de pouvoir expérimenter la solitude aux toilettes. Certaines parlent de culpabilité : difficile de “prendre du temps” quand on a l’impression d’en enlever à ses enfants. D’autres évoquent l’isolement maternel, l’éloignement de la famille, les horaires décousus, la difficulté à demander de l’aide. Une mère me confiait : “C’est encore pire depuis que ma fille est à l’école. Il y a tellement plus à gérer que juste le cadre familial. C’est très dur”. Et enfin, ce témoignage, qui résume tout : “Je vais te dire quelque chose : c’est la cata pour les femmes. On essaie juste de survivre”. Alors peu importe ce que renvoient les miroirs déformants des réseaux sociaux : si vous ressentez cela, vous n’êtes pas seule.

Au travail, la maternité reste un frein 

Avant un premier enfant, 74% des femmes travaillent à temps plein. Après ? 49%. Le reste passe en temps partiel, en réaménagement, ou quitte le marché du travail. 39% des mères voient leur revenu baisser. 30% disent que leur évolution professionnelle est stoppée ou ralentie. On nous répète qu’on peut “tout faire”. Les mères répondent : “Oui, mais pas en même temps”. Et pas toutes seules ! Là encore, les témoignages que j’ai reçus sont édifiants : “Je pense que c’est très représentatif, c’est souvent la mère qui met sa vie entre parenthèses pour élever les enfants, d’autant plus avec les modes de garde limités et onéreux”, “À mon retour de congé maternité, on m’a dit qu’on avait ‘perdu confiance en moi’ après 10 ans de carrière… Ca s’est soldé par une rupture conventionnelle” ou “J’ai demandé une augmentation : on m’a répondu que ce n’était pas possible, parce que j’avais été enceinte”.   

Et pourtant, dans tout ce chaos, la joie prend bien entendu sa place. Derrière les chiffres, les mots choisis par les mères sont l’amour, la fierté, la transformation… La maternité n’est pas un problème, ce qui l’est c’est l’absence de reconnaissance, d’espace et de moments de respiration. Ce n’est d’ailleurs pas anodin si 41% des mères interrogées estiment que la société ne valorise pas leur rôle. C’est peut-être ça, finalement, le chiffre le plus douloureux. 

Par Caroline Ricard