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La skincare pour ados : moins d’actifs, plus de bon sens
Elles ont 12 ans, une trousse de beauté digne d’une rédactrice beauté et une routine skincare en dix étapes glanée sur TikTok. Si les « Sephora Kids » affolent les dermatologues, inquiètent les parents et font les chiffres d’affaires des grandes marques de cosmétiques, interdire ne suffira pas. Reste une autre option : accompagner.
Impossible de me rappeler quels ont été les premiers produits de beauté que j’ai utilisés sur ma peau de jeune adolescente. Je garde pourtant un souvenir ému du fard à paupières monobulle d’Agnès B., couleur bleu givré, que ma mère recevait dans son colis du Club des créateurs de beauté, ou du parfum à la mûre d’Yves Rocher. Alors ce produit, était-ce un nettoyant Biactol emprunté à ma sœur de cinq ans mon aînée ? Est-ce que j’avais décidé de faire d’un pot de crème pour le corps un produit multifonction ? Quoiqu’il en soit, il me semble que la cible des adolescents n’était pas nécessairement visée par les marques de cosmétiques de l’époque (je suis une enfant des années 90, ndlr), ou que le focus était mis à 100% sur les problématiques de peaux acnéiques (et d’accord, elles l’étaient souvent). Biactol, Eau précieuse, autant de produits jugés trop agressifs pour des peaux pourtant fragiles et sensibles. Et comme personne ne se préoccupait vraiment des ados, mais que les marques souhaitaient tout de même conquérir davantage de parts de marché, que les réseaux sociaux ont explosé et que les trends se sont démocratisées, les préadolescents ont commencé à consommer du contenu beauté à foison, puis des produits bien réels… Tant et si bien que le phénomène a pris de l’ampleur, et que, comme souvent, les premières dérives sont apparues, jusqu’à renommer ces jeunes filles (voire ces grands enfants) les Sephora Kids.
Car le tableau que dressent aujourd’hui les scientifiques est préoccupant. En juin 2025, une première étude publiée dans la revue Pediatrics par des chercheurs de la Northwestern University a mis des chiffres concrets sur ce que beaucoup pressentaient sans vraiment vouloir le regarder en face. Pour mener leurs travaux, les chercheurs ont créé de faux comptes TikTok se déclarant avoir 13 ans, et
analysé 100 vidéos de filles âgées de 7 à 18 ans partageant leur routine beauté. Résultat : ces jeunes utilisent en moyenne six produits différents sur leur visage chaque jour (certaines en appliquant plus d’une douzaine). Des routines qui ne ressemblent en rien aux gestes basiques que nos mères nous recommandaient, et qui affichent un coût moyen de 168 dollars par mois (certains paniers dépassant
allègrement les 500 dollars mensuel). De quoi faire pâlir plus d’un budget adulte. Mais au-delà du portefeuille, c’est la peau elle-même qui trinque. Les vidéos les plus regardées contenaient en moyenne onze ingrédients actifs potentiellement irritants par routine : des acides de fruits, du rétinol, des exfoliants chimiques pensés pour traiter les rides et le relâchement cutané de peaux adultes, appliqués sur des épidermes de 10 ans.
Le risque ? Des irritations, une hypersensibilité au soleil, et surtout le
développement d’une dermatite allergique de contact.
Une allergie chronique qui peut, à vie, restreindre les produits cosmétiques, les savons, voire les shampoings qu’une personne est en mesure d’utiliser. Cerise sur le gâteau : seulement 26% de ces routines incluaient de la crème solaire, pourtant le seul produit que les dermatologues recommandent unanimement, et ce dès le plus jeune âge. Ce qui frappe peut-être le plus dans cette étude, c’est ce que la chercheuse principale, la dermatologue Dr Molly Hales, a tenu à souligner : la majorité des jeunes filles filmées dans ces vidéos n’avaient aucun problème de peau visible…
Une nouvelle marque sur le marché : Ollie
Alors, que faut-il faire ? Interdire ? On connaît l’efficacité redoutable de cette stratégie avec les adolescents. Culpabiliser les parents ? Ils sont souvent les premiers dépassés par des algorithmes plus malins qu’eux. La réponse la plus honnête est peut-être ailleurs : dans l’idée qu’une tendance aussi profondément ancrée ne se combat pas, elle s’accompagne. C’est en tout cas le pari de Mathilde Lacombe. Début juin, la fondatrice d’Aime Skincare (dont on ne présente plus la philosophie du soin raisonné et bienveillant) a lancé Ollie, une marque conçue spécifiquement pour les adolescentes. Non pas pour surfer sur un phénomène, mais précisément pour lui opposer une alternative saine. Ollie, c’est l’anti-thèse de la routine TikTok à quatorze étapes. Quelques produits essentiels, des formules aux ingrédients d’origine naturelle, sans actifs controversés, testées dermatologiquement sur peaux jeunes et sensibles.
Une routine minimaliste qui répond aux vrais besoins d’une peau en pleine mutation hormonale, sans lui promettre la lune ni lui faire courir de risques inutiles.
Le tout dans des packagings qui font envie, parce que Mathilde Lacombe sait mieux que quiconque qu’à quinze ans, l’attrait visuel n’est pas superficiel : c’est la porte d’entrée. Inutile de proposer le bon produit s’il n’a aucune chance d’atterrir dans la trousse. Ce qu’Ollie incarne, au fond, c’est une forme de réalisme bienveillant : les ados vont appliquer des produits sur leur peau, avec ou sans nous. Alors autant que ce soit les bons.
Mathilde Lacombe, fondatrice d’Ollie : « accompagner une peau qui se construit »
Quelles sont les principales problématiques cutanées des adolescentes et comment avez-vous pensé les compositions ?
L’adolescence est une période où la peau traverse de nombreux changements. Sous l’effet des hormones, elle peut devenir plus grasse, présenter des imperfections, des brillances, des pores plus visibles, mais aussi paradoxalement être plus sensible et réactive. Pourtant, nous observons aujourd’hui que beaucoup d’adolescentes utilisent des produits conçus pour des peaux adultes, avec des actifs parfois trop puissants ou inadaptés à leur âge. Notre point de départ a donc été simple : revenir aux besoins réels de la peau. Et ne pas aborder cette période sous le prisme de l’acné et des problèmes de peaux. Nous avons développé des formules qui nettoient, hydratent, protègent et équilibrent la peau sans l’agresser. Qui peuvent être utilisées que l’on ait 15 ou 25 ans. Nous privilégions des actifs et ingrédients qui soutiennent la barrière cutanée. À l’inverse, nous avons volontairement écarté certains actifs anti-âge ou exfoliants puissants qui n’ont pas leur place dans une routine quotidienne à ces âges-là, comme le rétinol, les concentrations élevées d’acides ou les actifs destinés à corriger les signes de l’âge. Notre conviction est qu’à 15 ans, il ne faut pas chercher à traiter une peau qui vieillit, mais accompagner une peau qui se construit.
Les produits cosmétiques pour adolescentes font l’objet de nombreuses inquiétudes, notamment à cause des réseaux sociaux. La création d’Ollie se veut-elle une réponse à ce phénomène ?
Très clairement, oui. En tant que mère mais aussi entrepreneure dans l’univers de la beauté depuis plus de quinze ans, je suis frappée de voir des adolescentes adopter des routines à dix étapes, inspirées par TikTok, avec des produits anti-rides, du rétinol ou des peelings. J’ai moi même fait plein d’erreurs quand j’avais 15 ans (la brosse Clarisonic qui décapait la peau on en parle ? ). Le problème n’est pas que les
jeunes s’intéressent à leur peau. C’est même plutôt positif. Le problème, c’est qu’elles n’ont aujourd’hui quasiment aucune offre pensée spécifiquement pour elles. Elles se retrouvent donc entre des marques pour enfants qui ne répondent pas à leurs préoccupations et des marques pour adultes qui ne correspondent pas à leurs besoins. Ollie est née pour combler cet espace. Nous voulons proposer une approche simple, pédagogique et rassurante. L’idée n’est pas d’encourager la surconsommation de produits mais d’apprendre aux adolescentes qu’une belle peau commence par quelques gestes essentiels, bien choisis et adaptés à leur âge. Et surtout arrêter de penser que les jeunes sont les consommateurs de demain, alors que ce sont déjà les consommateurs d’aujourd’hui !
Les routines pour adolescents doivent rester courtes. Comment imaginez-vous faire vivre la marque dans le temps ?
Nous n’avons pas pensé Ollie comme une marque qui doit lancer constamment de nouveaux produits pour exister. Nous pensons au contraire qu’il y a une vraie modernité à proposer moins mais mieux. Notre ambition est d’accompagner les jeunes dans cette période de transition avec des produits essentiels, mais aussi avec du contenu, de l’éducation et une vraie communauté. Il existe de nombreuses
façons d’accompagner les envies et besoins sans tomber dans une logique de multiplication des références. Nous voulons construire une marque de confiance qui grandit avec ses consommateurs, davantage qu’une marque qui cherche à créer de nouveaux besoins.
Ollie semble s’adresser principalement aux jeunes filles. Est-ce un choix assumé ?
C’est vrai que nous parlons davantage aux jeunes filles car, comme sur le marché de la cosmétique adulte, les achats restent majoritairement portés par les femmes. Ce sont aussi elles qui sont les plus exposées aux contenus skincare et aux injonctions beauté sur les réseaux sociaux. Pour autant, les problématiques de peau concernent autant les garçons que les filles. L’acné, les brillances ou la sensibilité cutanée touchent tous les jeunes. Nous souhaitons que Ollie soit une marque inclusive, avec
des formules, des parfums et des packs pensés pour plaire à tous. À ces âges-là, les comportements d’achat sont aussi souvent un peu différents : les filles vont davantage rechercher et choisir elles-mêmes leurs produits, tandis que les garçons sont souvent influencés par ce que leur recommande leur mère, une sœur ou leurs amis. Mais les produits s’adressent aux deux. Nous allons travailler avec des créateurs de contenu masculins afin que chacun puisse se reconnaître dans la marque !
Ollie s’adresse aux ados, mais qui achète réellement : la fille ou sa mère ?
La réalité est que la décision se prend souvent à deux. L’adolescente doit avoir envie d’utiliser le produit. Elle doit aimer l’univers, se reconnaître dans la marque etc… Mais le parent, et souvent la mère, reste souvent celui qui valide l’achat (et le budget !). Le parent veut comprendre les formules, être rassuré sur la sécurité des ingrédients et avoir confiance dans la marque. Nous avons donc conçu Ollie avec cette double lecture. Une marque suffisamment désirable pour être adoptée par les jeunes, mais suffisamment experte et transparente pour rassurer les parents.