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Comment <i>Compagnon</i> réinvente l’accès au savoir des enfants sans <i>écran</i> - Doolittle
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Comment Compagnon réinvente l’accès au savoir des enfants sans écran

Prenant la suite des boîtes à histoires, Grégoire Véron propose une alternative audacieuse pour les 8-15 ans : Compagnon, une « boîte à savoirs » 100 % vocale. Conçue pour accompagner les enfants dans leur scolarité, leur curiosité et leurs moments de détente, l’appareil doit naviguer sur un fil tendu : être chaleureux sans jamais remplacer l’humain, guider sans donner les réponses toutes faites, et stimuler l’imaginaire sans créer d’addiction. Présentation et échange avec son fondateur.

Comment <i>Compagnon</i> réinvente l’accès au savoir des enfants sans <i>écran</i> - Doolittle

Tout commence début 2024 lors d’une discussion entre Grégoire Véron et son fils Clément sur l’intelligence artificielle. Pour lui en faire une démonstration concrète, Grégoire bricole une enceinte connectée et y intègre une IA adaptée et sécurisée pour les enfants. Malgré un temps de réponse de dix secondes sur le tout premier prototype, le succès est immédiat auprès de Clément et de ses copainsCompagnon était né. Entouré d’experts en IA et en pédagogie, Grégoire transforme l’initiative familiale en un produit abouti : la « boîte à savoirs ».

Aujourd’hui, plus de 3 000 exemplaires accompagnent les enfants au quotidienDe la gestion des limites affectives à l’apprentissage sur mesure, le fondateur et parent revient sur les choix éthiques et pédagogiques qui façonnent cet outil d’un nouveau genre.

L.L. pour Doolittle : Mon fils de 6 ans et demi a commencé par lui demander “Comment tu t’appelles ?”. J’ai particulièrement apprécié que l’IA précise d’emblée qu’elle ne pouvait pas prendre de nom humain et pose les limites nécessaires. Comment avez-vous conçu et calibré ce “prompt” éthique pour éviter que l’enfant ne crée un lien “affectif” ?

Grégoire Veron : C’est un sujet auquel nous avons accordé énormément d’importance dès le départ. Compagnon doit être chaleureux et agréable à utiliser, mais il ne doit jamais chercher à se faire passer pour un humain, un ami ou un membre de la famille.

Pour arriver à cet équilibre, nous avons développé un cadre très précis puis effectué des milliers de tests automatisés, en faisant varier très légèrement les formulations et les situations : un enfant qui veut lui donner un prénom humain, qui lui dit qu’il est son meilleur ami, qui lui confie un secret, etc. Nous avons progressivement ajusté les instructions jusqu’à obtenir un comportement le plus robuste possible.

L’idée n’est surtout pas de rendre Compagnon froid. Il peut plaisanter, raconter une histoire ou encourager un enfant, mais il doit toujours rester clair sur ce qu’il est : un outil d’apprentissage et de découverte, pas une personne.

Compagnon est officiellement indiqué pour les 8-15 ans, mais les plus jeunes (comme mon fils) sont naturellement très curieux d’interagir avec. De quelle manière l’IA s’adapte-t-elle au niveau de compréhension de l’enfant pour répondre aussi bien à un élève de primaire qu’à un collégien ?

Nous avons effectivement des enfants de 4 ou 5 ans qui utilisent déjà Compagnon, même si notre cœur de cible reste aujourd’hui les 8-15 ans.

Lors de la création du profil dans l’application parent, on renseigne notamment le prénom, l’âge ou la classe de l’enfant, ses centres d’intérêt et, si les parents le souhaitent, certaines particularités qui peuvent avoir un impact sur sa façon d’apprendre ou d’interagir : troubles DYS, TDAH, autisme, etc.

Compagnon utilise ensuite ces informations pour adapter son vocabulaire, la longueur de ses réponses, ses exemples et sa façon d’expliquer. Une même question posée par un enfant de 6 ans ou par un adolescent de 14 ans ne donnera donc pas la même réponse.

Cette personnalisation s’enrichit également avec le temps. Si Compagnon constate par exemple qu’un enfant est très à l’aise en mathématiques mais rencontre davantage de difficultés en français, il peut progressivement ajuster le niveau de ses explications et de ses exercices. L’objectif est d’éviter à la fois de mettre l’enfant en échec et de lui proposer des choses trop faciles.

Quelle est l’approche pédagogique de Compagnon pour faire faire un exercice ou réviser sans donner la solution directement ?

Nous souhaitons effectivement éviter absolument le piège du Compagnon qui fait les devoirs à la place de l’enfant. Lorsqu’un enfant bloque sur un exercice, il commence d’abord par le ramener à ce qu’il a déjà appris : « Qu’est-ce que tu as vu dans ta leçon sur ce sujet ?« , « Relis ce passage, qu’est-ce que tu comprends ?« .

L’idée est de l’aider à mobiliser ses propres connaissances avant de lui apporter quoi que ce soit de nouveau.

S’il bloque encore, Compagnon peut ensuite donner un indice, lui poser une question ou décomposer le problème en plusieurs petites étapes. Par exemple, sur un problème de mathématiques : « Qu’est-ce qu’on cherche à calculer ? », puis « Quelle information de l’énoncé pourrait nous aider ?« , plutôt que de donner immédiatement l’opération à effectuer.

La réponse complète n’arrive qu’en dernier recours. L’objectif est que l’enfant ait réellement raisonné et, surtout, qu’il apprenne à aller chercher la réponse dans son cours et à comprendre sa propre leçon. Quand il trouve lui-même après deux ou trois questions ou indices, l’apprentissage est évidemment beaucoup plus intéressant que si Compagnon lui avait simplement dicté la solution.

 

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Comment le module de détente parvient-il à stimuler l’imaginaire de l’enfant (histoires, jeux, relaxation) tout en évitant la surstimulation vocale ou l’addiction ?

Nous partons d’un principe assez simple : notre intérêt n’est pas que l’enfant passe le plus de temps possible avec Compagnon. C’est d’ailleurs une différence importante avec beaucoup de produits numériques : nous n’avons ni fil infini, ni notifications, ni récompenses permanentes, ni mécanique destinée à faire revenir l’enfant toutes les cinq minutes.

Dans l’univers Détente, Compagnon peut raconter des histoires, proposer des jeux oraux, des quiz ou des moments plus calmes comme de la relaxation. Mais le vocal crée naturellement une relation beaucoup moins frénétique qu’un écran : l’enfant écoute, imagine et participe.

Nous cherchons aussi à privilégier les activités qui font travailler l’imagination plutôt que celles qui la remplacent. Dans une histoire, par exemple, l’enfant peut choisir un personnage, un lieu ou la suite de l’aventure. Il construit donc tout l’univers qu’il souhaite avec Compagnon, sans limite, au lieu de recevoir passivement une succession d’images.

Et les parents gardent la main :

l’idée est que Compagnon trouve sa place dans la vie de l’enfant, pas qu’il la monopolise.

L’appareil fait le pari du 100 % vocal et du sans écran. En pratique, comment gère-t-il les hésitations de langage des plus jeunes ou les moments où l’enfant ne sait plus trop quoi demander ?

C’est justement l’un des gros sujets auxquels nous avons travaillé. Un enfant ne formule pas ses demandes comme un adulte : il hésite, recommence ses phrases, change parfois d’idée au milieu ou ne sait tout simplement pas quoi demander. Compagnon est entraîné pour gérer cette conversation beaucoup plus naturelle et imparfaite.

Nous essayons également de ne jamais laisser l’enfant devant une sorte de page « blanche vocale ». À chaque démarrage, Compagnon l’accueille et lui propose trois idées de choses à faire ou de questions à poser, adaptées à son profil. Et après une réponse, il peut proposer des pistes connexes : « Tu veux savoir pourquoi ? », « Tu veux que je te raconte comment cela a été découvert ? », ou « Je te fais un petit quiz dessus ? ».

C’est particulièrement important pour les plus jeunes. Le but n’est pas qu’ils apprennent à parler comme à une machine ; c’est à la machine de s’adapter à leur manière naturelle de parler.

Compagnon propose aussi bien des jeux interactifs que des sessions de relaxation audio. En tant que fondateur (et parent), comment imaginez-vous la place idéale de cette “boîte à savoirs” dans la routine quotidienne de l’enfant ?

Je ne voudrais surtout pas que Compagnon devienne quelque chose qu’un enfant utilise trois heures par jour. Je l’imagine plutôt comme un objet disponible dans sa chambre ou dans une pièce commune, qu’il sollicite spontanément à différents moments : dix minutes pour comprendre quelque chose dans ses devoirs, une question qui lui traverse l’esprit, un quiz avec son frère ou sa sœur, une histoire avant de dormir ou simplement l’envie de découvrir pourquoi le ciel est bleu.

En tant que parent, c’est exactement ce que je trouve intéressant : préserver cette curiosité permanente des enfants sans que la réponse soit systématiquement « prends mon téléphone » ou « va chercher sur YouTube« .

Le meilleur scénario pour moi est même que Compagnon déclenche autre chose. Qu’un enfant pose une question sur les volcans, discute dix minutes avec lui, puis ait envie d’aller chercher un livre sur le sujet, d’en parler à ses parents ou de construire un volcan en carton.

C’est pour cela que j’aime bien l’expression de “boîte à savoirs” : ce n’est pas un objet destiné à occuper l’enfant, mais à lui ouvrir des portes.