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L’odyssée de la mode à <i>La Piscine</i>, rencontre avec Sylvette Lepers, l’âme créative de <i>La Redoute</i> - Doolittle
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L’odyssée de la mode à La Piscine, rencontre avec Sylvette Lepers, l’âme créative de La Redoute

Si pour beaucoup, La Redoute évoque les pages cornées d’un catalogue mythique où l’on entourait ses jouets de Noël ou ses tenues de rentrée, la marque est avant tout une formidable machine à devancer son époque. À l’occasion de la rétrospective exceptionnelle qui se tient au Musée La Piscine de Roubaix jusqu’au 5 juillet 2026, l’institution textile dévoile près de 190 ans d’audace et d’innovation. Une plongée nostalgique et moderne dans notre patrimoine visuel et social, racontée avec passion par Sylvette Lepers, co-commissaire de l’événement et figure indissociable de cette épopée.

Ouvrir le catalogue La Redoute, c’était un peu faire entrer les défilés parisiens et le design de pointe directement dans son salon. Cet objet culte a agi comme le témoin privilégié de l’émancipation des femmes et des mutations de la société. Des premières pages du magazine de tricot Pénélope dans les années 1920 à l’invention de la carte Kangourou en 1968 (permettant aux femmes de s’offrir un coup de cœur à crédit sans demander l’autorisation de leur mari), La Redoute a toujours eu « un temps d’avance. »

L’exposition de 700 m², orchestrée dans l’écrin magistral de l’ancienne piscine art déco de Roubaix, Le musée La Piscine, rassemble archives émouvantes, silhouettes iconiques et collaborations légendaires. Elle raconte comment une filature née en 1837 a su démocratiser le beau, en rendant le smoking Yves Saint Laurent accessible en 1996 ou en confiant ses pages aux créateurs les plus pointus de leur génération. Une véritable madeleine de Proust qui célèbre le savoir-faire textile du Nord, à découvrir en famille !

DR - Couverture du troisième catalogue La Redoute automne 1929-hiver 1930 (détail) Léon Raffin, dessinateur Photo : Alain Leprince - Doolittle

DR - Couverture du troisième catalogue La Redoute automne 1929-hiver 1930 (détail) Léon Raffin, dessinateur Photo : Alain Leprince

Echange avec Sylvette Lepers, l’âme créative de La Redoute

Alors que le musée La Piscine de Roubaix consacre une exposition d’envergure à La Redoute, rencontre avec l’une de ses principales artisanes : Sylvette Lepers. Nommée co-commissaire de cette rétrospective et récemment distinguée par l’Ordre des Arts et des Lettres, la Directrice Partenariats Créatifs & Image revient sur l’épopée d’une marque qui a façonné l’histoire sociale et l’émancipation des femmes en France. Des coulisses de l’exposition aux secrets de fabrication de ses collections capsules, elle se confie sur un parcours guidé par une seule boussole : l’amour de la création. 

Doolittle : Vous êtes arrivée chez La Redoute à une époque où l’on ne parlait pas encore de « collaborations ». Quel a été votre parcours et en quoi consiste votre rôle aujourd’hui ?

Sylvette Lepers : Rendons avant tout hommage à La Redoute : dès 1969, la marque initiait le concept de créateur invité en offrant un terrain d’expression à Emmanuelle Khanh. Je suis arrivée dans la maison en 1980, mais c’est en 1997 que j’ai pris la direction du service de presse. Le mythique smoking Saint Laurent venait tout juste de sortir en 1996 : mon rôle a été de porter la visibilité de ce projet historique et de ceux qui ont suivi. 

Mais comme j’aime profondément le vêtement, j’ai commencé à mettre un pied direct dans la création autour des années 2010. Aujourd’hui, en tant que Directrice Partenariats Créatifs & Image, mon rôle est de repérer et de convaincre de nouveaux talents. Je me définis comme une chineuse invétérée. Je prends le meilleur des réseaux sociaux, je participe à de nombreux jurys de mode, et aujourd’hui, beaucoup de créateurs me sollicitent.

Proposer des pièces fortes à des prix accessibles et révéler des talents au plus grand nombre, c’est mon mantra.

Quand vous découvrez un créateur, qu’est-ce qui déclenche votre coup de cœur ? Vous parlez souvent de l’importance de « l’incarnation ».

Je m’attache avant tout à la personnalité qui se cache derrière l’univers. J’aime découvrir, échanger, partager et comprendre l’humain pour capter ses forces, ses faiblesses, ses failles et sa sensibilité sociologique.

Je crois énormément à l’incarnation : c’est la personnalité qui fait la différence et qui porte le vêtement. La silhouette finale n’est que la résultante de cette rencontre, presque un prétexte. C’est ce flair qui nous a permis de mettre le pied à l’étrier à la jeune garde au début des années 2010. Nous avons invité Anthony Vaccarello en 2011, puis Simon Porte Jacquemus deux ans plus tard. À l’époque, ils étaient de tout jeunes créateurs. La Redoute possède une force de frappe unique pour propulser l’émergence, et la presse m’a toujours suivie dans ces paris.

Quel a été votre plus grand pari professionnel ? 

C’est d’imaginer que la création puisse, au-delà de séduire, surprendre, interpeller, interroger, voire déranger. À chaque fois qu’on me rétorque : “En es-tu sûre ?” Cela me donne encore plus d’énergie pour foncer. Notre rôle est de soutenir la création, et comme les coûts de développement, de production, tout est pris en charge par la marque, quand j’ai une conviction forte, je la défends. 

Parmi toutes les rencontres que vous avez faites au fil des années, lesquelles vous ont le plus marqué humainement ?

Chaque personnalité est unique et attachante, il est impossible de toutes les nommer. Mais je pense spontanément à Kevin Germanier. J’aime énormément ce qu’il fait et sa démarche ; nous signons notre troisième collaboration ensemble pour la saison Printemps-Été 2026 , travailler avec lui est un plaisir permanent. S’il fallait retenir une seule orientation phare de nos capsules actuelles (Germanier, Vilmorin, Blanchemaille), ce serait celle qui exprime cette audace.

Je pense aussi à notre projet avec l’atelier de réinsertion About a Worker. Nous avons monté une collection en y associant des collaborateurs de notre propre centre logistique Quai 30. On a travaillé avec deux personnes aux profils très créatifs, qui venaient de la mode, elles ont apporté un avis très fort sur le vêtement. Nous avons créé ensemble, et ce sont les collaborateurs eux-mêmes qui ont posé avec les modèles. C’était une magnifique mise à l’honneur humaine. 

L’odyssée de la mode à <i>La Piscine</i>, rencontre avec Sylvette Lepers, l’âme créative de <i>La Redoute</i> - Doolittle

DR - Charles Vilmorain & Sylvette Lepers

L’odyssée de la mode à <i>La Piscine</i>, rencontre avec Sylvette Lepers, l’âme créative de <i>La Redoute</i> - Doolittle

DR - Charles Vilmorain

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DR - Charles Vilmorain

L’odyssée de la mode à <i>La Piscine</i>, rencontre avec Sylvette Lepers, l’âme créative de <i>La Redoute</i> - Doolittle

DR - Blanchemaille

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DR - Blanchemaille

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DR - Germanier

L’odyssée de la mode à <i>La Piscine</i>, rencontre avec Sylvette Lepers, l’âme créative de <i>La Redoute</i> - Doolittle

DR - Germanier

L’odyssée de la mode à <i>La Piscine</i>, rencontre avec Sylvette Lepers, l’âme créative de <i>La Redoute</i> - Doolittle

DR - About a Worker

Vous avez participé au commissariat de la grande exposition du musée La Piscine. Quel a été le déclic pour ce projet ?

C’est un projet de longue haleine et une formidable aventure collective pour les trois commissaires que nous sommes, Sandrine Tinturier, Karine Lacquemant et moi-même. Il faut parfois remettre cent fois son ouvrage sur le métier ! J’en parlais souvent avec l’ancien conservateur, mais l’opportunité est venue naturellement avec l’arrivée de la nouvelle conservatrice, Karine Lacquemant. Entre la décision et l’ouverture, il y a eu 14 mois de travail intense à trois pour raconter cette histoire et concevoir le livre La Redoute, un temps d’avance. Mode. Design. Publicité. paru aux éditions Norma. 

Le choix du lieu était évident : le Nord est le berceau du textile, pour La Redoute comme pour La Piscine. Pouvoir retracer notre patrimoine historique dans un si bel écrin, entre voisins et amis, est un hommage extraordinaire. Je voulais absolument que l’on donne un terrain d’expression à des femmes artistes contemporaines pour l’occasion. Nous avons ainsi invité la céramiste roubaisienne Elisa Uberti qui a créé une œuvre telle une « tisseuse de liens » , Olga Boldyreff et ses balles de tricotin en laine , ou encore Kat Gallicere, qui a réalisé de magnifiques collages à partir d’anciens catalogues de la marque, notamment une perruque des années 60 en papier.

 

La Redoute - Say Who - Sylvette Lepers, Sandrine Tinturier, Karine Lacquemant - Doolittle

La Redoute - Say Who - Sylvette Lepers, Sandrine Tinturier, Karine Lacquemant

Quelle archive résume à elle seule l’ADN de La Redoute et que raconte-t-elle des femmes françaises ?

Sans hésiter, le Catalogue. C’est notre véritable madeleine de Proust, le témoin de chaque époque qui apportait le style et le design dans tous les foyers. L’entrée de l’exposition se fait d’ailleurs par un immense mur de catalogues , depuis la revue de tricot Pénélope lancée en 1925 jusqu’aux pages mythiques d’Azzedine Alaïa, Karl Lagerfeld ou le smoking d’Yves Saint Laurent dans les années 90 porté par Sybil Buck et ses cheveux rouge feu. 

Ce catalogue raconte l’histoire de l’émancipation des femmes. Dès les années 20, Pénélope leur offrait une forme d’autonomie en leur apprenant à réaliser leurs modèles. Plus tard, La Redoute leur a permis de commander de manière indépendante depuis chez elles. Il y a aussi des jalons économiques majeurs : la carte Kangourou, lancée en 1968, a permis aux femmes d’acheter à crédit sans avoir besoin de l’accord légal de leur mari. Enfin, en 1996, rendre le smoking YSL accessible à toutes, c’était offrir la possibilité de s’habiller en haute couture.

L’odyssée de la mode à <i>La Piscine</i>, rencontre avec Sylvette Lepers, l’âme créative de <i>La Redoute</i> - Doolittle

DR

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L’odyssée de la mode à <i>La Piscine</i>, rencontre avec Sylvette Lepers, l’âme créative de <i>La Redoute</i> - Doolittle

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L’odyssée de la mode à <i>La Piscine</i>, rencontre avec Sylvette Lepers, l’âme créative de <i>La Redoute</i> - Doolittle

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L’odyssée de la mode à <i>La Piscine</i>, rencontre avec Sylvette Lepers, l’âme créative de <i>La Redoute</i> - Doolittle

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L’odyssée de la mode à <i>La Piscine</i>, rencontre avec Sylvette Lepers, l’âme créative de <i>La Redoute</i> - Doolittle

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L’odyssée de la mode à <i>La Piscine</i>, rencontre avec Sylvette Lepers, l’âme créative de <i>La Redoute</i> - Doolittle

DR

Y a-t-il une image en particulier qui vous a émue pendant cette plongée dans les archives ?

Une photographie très émouvante des femmes travaillant au sein de la filature dans les années 20 ou 30. On y voit de très jeunes ouvrières en tablier. C’était un travail difficile, minutieux, des femmes qui fabriquaient des tissus pour d’autres femmes. Cette image montre les deux côtés du miroir d’une époque, et elle rappelle à quel point l’amour du savoir-faire et l’audace d’innover sont ancrés chez nous depuis près de 190 ans. 

Quel est votre propre premier souvenir lié à la marque ?

Personnellement, j’ai le souvenir d’une paire de chaussures que j’avais commandée. J’étais tellement ravie que je les glissais sous mon lit le soir pour pouvoir les regarder au lever. Ce sentiment de ravissement absolu au moment de recevoir son colis, c’est exactement cela, l’esprit de la marque. Professionnellement, c’est mon entrée dans la maison avec un appétit féroce de découvrir et d’apprendre pour ne jamais m’ennuyer. Le pari est tenu.

Si vous pouviez inviter à dîner trois figures de l’histoire de La Redoute — vivantes ou disparues — qui seraient-elles ?

Je choisirais d’abord Alain Dieudonné, un acheteur formidable d’une trempe particulière auprès de qui j’ai tout appris à mes débuts. Ensuite, Jean-Claude Sarrazin, le PDG de La Redoute dans les années 80 : une personnalité impressionnante, toujours avec un énorme cigare à la bouche, qui a fait les très belles heures de l’entreprise. Enfin, Maïmé Arnodin, une femme exceptionnelle qui a profondément renouvelé le style de notre image — le smoking Saint Laurent, c’est elle. Elle était toujours impeccable en costume noir, les cheveux courts et grisonnants… Je me disais souvent que j’aimerais être comme elle plus tard ! Et si la table pouvait s’agrandir pour accueillir des quatrième et cinquième convives, j’inviterais sans hésiter Andrée Putman et Jane Goodall. Je suis sûre qu’un dîner entre eux tous, avec des regards croisés pleins de divergences stimulantes, serait absolument passionnant. 

Après toutes ces années, qu’est-ce qui vous donne toujours l’énergie de faire ce métier et quel regard portez-vous sur la relève ?

Pour la jeune génération de créateurs, je n’ai que du respect et de l’admiration. La route est longue, mais ils sont déterminés et ambitieux. Quant à ce qui me fait lever le matin ? La création, encore et toujours. Mais au-delà du travail, c’est la vie elle-même : écouter le chant des oiseaux, regarder la beauté des arbres, câliner mon chat, marcher mes 5 à 8 kilomètres quotidiens, relire Françoise Sagan ou courir voir une exposition. C’est toute cette vitalité qui nourrit mon appétit.

Si une jeune femme de 25 ans vous demandait le secret d’une telle longévité, que lui répondriez-vous ?

Que je n’ai jamais eu aucun plan de carrière ! J’ai modelé chaque poste comme je l’imaginais. J’ai su dire oui quand il le fallait, mais j’ai su aussi dire non. Je n’ai jamais suivi un projet si je ne le sentais pas profondément. À tous les jeunes, je leur dis : tracez votre propre chemin sans nostalgie, et n’acceptez jamais tout.

Si vous n’aviez pas fait ce métier, qu’auriez-vous fait ?

(Sourire) J’aurais adoré travailler auprès des animaux, m’en occuper, car j’y suis extrêmement sensible, ils me touchent, m’émeuvent et ils me réjouissent au quotidien, Mais je n’avais pas du tout le bon cursus scolaire pour cela, j’étais plutôt orientée vers les lettres !

INFORMATIONS PRATIQUES

Exposition : La Redoute : près de 190 ans de création, d’innovation et de proximité avec les Français(es)
Dates : Jusqu’au 5 juillet 2026
Lieu : Musée La Piscine, Roubaix
Commissariat : Karine Lacquemant (Musée La Piscine), Sylvette Lepers (La Redoute) et Sandrine Tinturier (Fondation Azzedine Alaïa).
Soutien : Exposition réalisée avec le soutien exceptionnel de La Redoute.

Crédit visuel à la une : Sylvette Lepers – Directrice Partenariats Créatifs & Image – Crédit Gilles Marie Zimmermann

Par Lucie Lecointe