Mini Miss

Reportage

Des robes qui brillent, des cheveux qui irradient, des sourires qui scintillent et une couronne que l’on s’arrache… À Somain, dans le Nord, quelque part entre Douai et Valenciennes, on ne plaisante pas avec les élections de mini miss. Reportage entre loge et catwalk, au milieu des petites filles apprêtées et des parents angoissés.
La couronne est là, posée sur une sorte d’autel, construit grâce à un empilement de chaises, au milieu d’une arche de fleurs en plastique. Sabine Berdeg, l’organisatrice de l’événement, en est très fière. Elle scintille et “sort de l’ordinaire”, dit-elle. Peut-être parce qu’elle a été “commandée en Amérique” et “qu’on a payé les frais de port…”

À Somain, dans le Nord, entre Douai et Valenciennes, on se passionne pour les défilés de beauté et d’élégance des 6/15 ans. Au point que la ville n’est aujourd’hui pas loin de pouvoir revendiquer le titre de “capitale des concours de mini miss en France”. Ici, comme les combats de coqs ou les carnavals, la passion des mini miss est culturelle, et permet à une communauté convaincue de se croiser tous les week-ends le long du catwalk…
Cet après-midi-là, une veille de 11-Novembre plutôt clémente, la première demi-finale du concours des “petites demoiselles de France” a attiré 39 participantes de toute la région vers le théâtre Gérard Philipe de Somain, au coeur de l’ex-pays minier.

Les mères, les familles, les clans sont là pour les accompagner, les soutenir, boucler celles qui ont les cheveux raides, lisser celles qui ont les cheveux frisés et camescoper les deux passages devant le jury. Le premier se fera à la coule, en ballerine, leggings, T-shirt.

Le deuxième, à l’opposé, aura lieu en tenue de soirée, un millefeuilles inspiré de la recette des bals donnés en l’honneur de Sissi Impératrice ou d’une princesse monégasque. Les organisatrices, la famille Berdeg mère et fille, ne rigolent pas avec le règlement : “Pas de faux cheveux, pas de talons, pas de fausses dents, pas de maquillage, ici, c’est 100 % nature”, résume Anaïs, la fille, 20 ans, étudiante en droit à Lille. Martine, qui se présente comme ambassadrice de l’association, a rencontré les Berdeg dans le circuit des concours de mini miss parce que sa fille “est très demandée dans le Nord. À 8 ans, elle a déjà beaucoup de prestance et rêve de devenir Miss France”. Elle résume l’esprit de l’élection des “Petites Demoiselles de France” : “Ici, on est contre l’Amérique. On ne veut pas qu’elles se refassent le nez ou les fesses à leur âge. Regardez comme elles sont belles !” Elles sont belles. Et elles sont blondes.

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Mégane rêve d’être un jour sacrée Miss France, “comme tout le monde”
 Il est 10 heures du matin. À l’abri, derrière le grand rideau de velours rouge du théatre Gérard Philipe, les répétitions démarrent. Celui qui devait tenir le micro du présentateur est venu s’excuser : “Ça tombe mal, je suis d’astreinte.”On l’imagine sapeur-pompier. En fait, il “travaille dans les travaux publics”, “aux Eaux du Nord” et ne “pourra pas venir avant la fin de la soirée.”

Dans les loges, Mégane copine déjà avec les deux autres concurrentes de la catégorie 13/14 ans. Peut-être parce qu’elles ne sont que trois dans cette tranche d’âge. Au pire, ce sera donc une place de deuxième dauphine pour celle qui, venue de Calais, s’est perdue, en prenant la direction de Douai. Mégane fait des concours, parce qu’elle “rêve” d’être sacrée un jour Miss France, “comme tout le monde”. Dans sa classe de troisième, “tout le monde sait”. “Elles me respectent. Elles disent : chacun sa passion”.

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La “spéciale guest star” vient d’arriver sur place. Originaire d’Épernay, dans la Marne, Matis Jackson, en voie d’être adoubé sosie officiel de Michael, règle les derniers détails de son show en trois parties qui viendra rythmer l’après-midi. “Pour le début, un écran de fumée, mais léger”, annonce-t-il. Il a déjà en"lé le costume du “Dangerous Tour” de 1983, la fameuse veste de policier sanglée de trois lourdes ceintures dorées. Il est venu “bénévolement” avec ses deux danseurs, pour perpétuer l’esprit de Michael “auprès des fans des futures générations”. “J’aime bien inviter des personnalités à nos concours. On a eu Magali Vaé de la Star Academy 5 et aussi Kamini”, confie Anaïs en rajoutant quelques titres à la playlist de son spectacle. Elle envoie le Scream de ce vieux lover de Usher.

“On organise ces concours surtout pour les enfants”, précise Sabine Berdeg, sa mère : “Elles ont toutes des rêves de mannequinat et aujourd’hui, elles se sentent comme des princesses. Mais attention, pas de stress chez nous. Tout le monde se parle.” Il y a une douzaine d’années, sa fille, Anaïs avait été élue “Miss Aniche” (du nom d’une commune voisine). Et Sabine s’était juré, à l’issue du triomphe familial de “faire aussi ça un jour”. Elle admet : “J’ai eu comme un flash”.

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En fin de journée, toutes les participantes repartiront avec un fer à friser et un sèche-cheveux.
Depuis ce flash, la famille organise 5 ou 6 élections thématiques par an. “Tout est parti d’un groupe de danse orientale, raconte Anaïs, désormais descendue du podium. On cherchait un truc pour financer les cours et on a débuté avec l’élection de Miss Mille et une Nuits. Qui a bien cartonné, avec 90 concurrentes. Puis, on a créé Miss Idole, Miss Disney… Et enfin Miss Dessins Animés parce qu’on n’a pas le droit d’exploiter le nom. Par contre, on a arrêté Miss Cabaret. C’était ambigu. Certains parents n’hésitaient pas à faire défiler les gamines en petite culotte. Aujourd’hui, il y a beaucoup de concurrence entre les organisateurs. Dans le Nord, c’est tous les week-ends, ça se propage beaucoup. Pour se démarquer, on veut que tout le monde soit récompensé. Là, toutes les participantes repartiront avec un fer à friser et un sèche-cheveux.”

“C’est sûr que c’est carré ici”, jure Martine l’ambassadrice. “On ne fait pas ça pour le fric comme à Paris”. Budget de la manifestation : 2 000 euros, recueillis grâce aux inscriptions, 30 euros, et la recette du bar du théâtre gentiment mis à disposition par la mairie. “On participe à tous les concours de Madame Berdeg...,assure Nathalie, la mère de Laura, qui rectifie, ...mais que à Somain, parce que je n’ai pas de voiture”.

Une autre mère de famille, “coiffeuse dans une maison de retraite” profite de ses samedis off pour accompagner régulièrement sa fille dans les concours de la région. “Tous les week-ends, c’est comme une bande qui se déplace. Le prochain, c’est Miss Country à Roost-Warendin. L’année dernière, ma fille avait gagné. Ce n’est pas très important. Je veux avant tout qu’elle soit heureuse. Ici, elle est valorisée, parce qu’elle est jolie, contrairement à l’école, elle est dyslexique.”

Nathalie, la mère de Laura, préfère relativiser : “Ce n’est qu’un jeu même si, quand elle perd, je vois bien que ma fille est triste. Elle est en âge de comprendre. Moi, je stresse, je suis angoissée, je lui dis tout le temps ‘souris !’. Elle aime pas ça à cause de son appareil dentaire.” Coco, qui assure au pied levé le rôle de présentateur, monte sur scène pour rassurer l’audience de la probité du concours :“Les membres du jury n’ont aucun lien de parenté avec aucune candidate. On les respecte, ils sont totalement neutres”. Murmure d’acquiescement. Pendant que les filles se préparent, le public patiente avec la première partie du show de Matis Jackson d’Épernay. Trois chansons de Michael qui se terminent systématiquement par un “thank you, love you all”.

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Pour la robe parfaite, certaines mamans peuvent investir jusqu’à 500 euros
Premier passage en T-shirt, ballerines, leggings pour les quatre catégories d’âge. Un discours qui permet aussi de juger l’élocution des candidates. On croit revivre L’École des fans, pour les 6-8 ans. Coco demande : “Elle est où ta maman ?”. Puis elle lance un message de fair-play, “que la meilleure gagne”, pour les plus grandes qui cultivent souvent trois passions identiques et complémentaires : “Les concours de miss, la danse et les majorettes”. Fin du premier passage.

Matis Jackson d’Épernay revient sur scène pour trois chansons de Michael, dont Why. Coco en profite pour annoncer que “la magie de Matis Jackson” d’Épernay sera en tournée dans toute la France en 2013, avant de promettre “l’arrivée imminente du moment que vous attendez tous”. En coulisses, quelques minutes plus tôt, Coco s’enflammait déjà : “Y a pas à dire, les robes de soirée, ça en met plein les yeux”.

Dans la salle, les loges, les escaliers, toutes les mères sont parties à la chasse à la multiprises pour brancher le fer à friser. Elles ont une heure pour faire des anglaises parfaites, puis mettre les parures et enfiler LA robe à leur fille. La petite Mégane a choisi une robe blanche en tulle dans un magasin de mariage, “320 euros, l’une des moins chères”. Marion, autre candidate dans la catégorie des 13/14 ans, l’a rachetée 100 euros à une fille de la région qui fait aussi des concours. Chaque concours est l’occasion d’acheter une nouvelle robe. Mégane en a 12 dans l’armoire.

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Jeannine, qui file un coup de main à l’association en vendant les sandwichs au bar du théâtre, confectionne habituellement celles de sa fille parce qu’elle est couturière. Mais, cette fois-ci, elle a craqué pour une robe à 500 euros, “plus les bijoux, les chaussures”.

“Ma fille est la dernière qui me reste à la maison. Les grands sont partis et ils m’ont aidée à la payer. Heureusement qu’on est une famille soudée.” Coco se rappelle du temps où sa "lle faisait des concours : “L’arme secrète pour terminer une robe à temps, c’est le Scotch double-face.” Plus qu’une question de moyens qui viendrait fausser les résultats du deuxième passage, Sabine estime surtout que “c’est le goût et la créativité qui comptent”.

 Ici, on est simple, naturel et élégant
Début du défilé en tenue de soirée. Du frou-frou, des bustiers, des cambrures de danseuses de flamenco, quelques poses de petits rats de l’opéra, une ombrelle. Toujours dans l’esprit de “naturel, de simplicité et d’élégance” annoncé en préambule du concours par les organisateurs. Anaïs peste un peu : “On est obligé de calmer les parents. Beaucoup voudraient que ça se passe comme en Amérique. Moi, je ne veux pas qu’une fillette de 5 ans ressemble à une adulte.”

À la fin du défilé, Matis Jackson d’Épernay remonte sur scène pour interpréter trois chansons de Michael, dont un Billie Jean gardé au chaud tout au long de la journée. À sa sortie de scène, toutes les concurrentes font la queue pour recevoir un autographe de la guest star. Pour certaines, cela prendra plus d’une heure. Et finalement, les résultats arrivent.

Dans la catégorie des 6-8 ans, c’est la numéro 8 qui l’emporte. Son père saute de son siège, avec son bébé dans les bras et lève le poing vers le ciel. Puis, sur la musique carrément flippante de Requiem for a dream, Belinda craque quand Matis Jackson d’Épernay lui remet la couronne de la plus belle demoiselle de France, catégorie 10-12 ans. Les autres sèchent leur déception dans les bras de leur mère : “C’est pas grave, t’étais belle ma chérie !”entend-on.

Texte Joachim Barbier, Photos Mélanie Brun paru dans le Doolittle n°13.

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