Comment s’habilleront nos enfants en 2050 ?  

Mode - Saison 2049-2050

Il y a les enfants assortis à (au moins) un de leurs parents et ceux qui ressemblent déjà à de petites gravures de mode. Certains prennent le contre-pied avec une silhouette non genrée, et d’autres arborent des messages militants avant d’avoir soufflé leur dixième bougie. Depuis toujours, la mode pour enfants évolue à toute berzingue. Les codes sont régulièrement bouleversés selon le contexte social, les combats de l’époque ou l’évolution de l’environnement. La deuxième moitié du XXIe siècle devrait intensifier, voire radicaliser, cette constante.

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Photographie de Guillaume Millet - Réalisation Muriel Quoix, extrait de la série mode "Les chats sont partis" dans Doolittle HS n°7

Lâché comme ça, 2050 paraît lointain. Mais trente ans, en réalité, ça passe vite. Avant d’explorer le futur et de se projeter pour imaginer le look des enfants, il est utile de rembobiner trois décennies en arrière pour voir à quel point le style des bambins a évolué sur ce laps de temps. “Historiquement, la mode enfantine était une mode d’adulte de petite taille. Puis, dans les années 1990, se démocratisent les premières marques uniquement dédiées aux enfants comme Du Pareil au Même ou DDP, et dans le même temps, les grosses marques de sport investissent le marché de l’enfant”, pose Alexandra Jubé, chasseuse de tendances et consultante au sein du bureau de conseil à son nom. “Au tout début des années 1990, les silhouettes étaient plus codifiées, entre les vêtements de la semaine et ceux du week-end, ceux de la campagne ou de la ville, avec des passages obligés, le cardigan, les petites jupes”, se souvient Chantal Danguillaume, directrice du salon français Playtime.

Aujourd’hui, la donne a changé. Enfin, en partie. Les frontières s’effacent et le choix explose. Les initiatives vestimentaires pullulent. “En quinze ans, depuis 2004, nous sommes passés de 45 exposants à 500 sur le salon, la plupart des projets sont initiés par de jeunes parents qui identifient des besoins non comblés pour leur progéniture et veulent y répondre”, décrypte Chantal. Que ce soit sur les réseaux sociaux des parents ou de l’enfant, la visibilité est aussi tout autre. “Le style de ton enfant semble être devenu un prolongement de ton propre style”, analyse Louise Roze, responsable de la boutique parisienne Centre Commercial Kids. Les marques de luxe ont flairé le coup et mis le paquet sur les kids, qui peuvent désormais eux aussi porter des baskets hors de prix. “On voit des Yeezy ou des Balenciaga aux pieds des petits. Cela colle à l’époque, ils ne sont pas épargnés par cette tendance”, précise Alexandra Jubé. Par ailleurs, des marques qui n’habillaient jusqu’ici que les enfants se sont mises ces dernières années à décliner leurs collections pour les parents, comme Bobo Choses, Tinycottons, ou encore Bonton, emboîtant le pas de Petit Bateau, précurseur sur ce créneau. Le fait que, dans la mode pour adulte, le streetwear et le sportswear aient envahi les vestiaires finit de brouiller les pistes entre mode pour enfants et celle pour adultes. La silhouette sweat-jeans-baskets peut désormais aussi bien habiller un enfant de CE2 qu’un(e) trentenaire qui travaille dans un open-space décontracté. “Ces quinze dernières années, les standards traditionnels de la mode ont volé en éclats, des mélanges qu’on ne voyait pas avant deviennent courant, comme un sweat porté sur une jupe imprimée et des baskets pour une petite fille”, résume Chantal Danguillaume.

 Plus d’aisance, moins de différences

Les nouveautés qui pointent le bout de leur nez en 2020 esquissent déjà les projets pour la dégaine qu’arboreront les enfants dans trois décennies. Parmi les tendances actuelles, l’attrait de l’unisexe a toutes les chances d’être encore plus installé sur le dos des enfants d’ici le milieu du siècle. “La plupart des marques proposent un tronc commun fille/garçon, et chez nous, on ne distingue plus ces deux catégories en magasin”, explique Marion Signoret, l’adjointe de Louise chez Centre Commercial Kids. En écho aux réflexions sur le masculin, le féminin et les questions liées au genre qui traversent nos sociétés contemporaines, l’appréhension de ce qu’on achète aux enfants a changé. “Je ne vois pas vraiment de raison de souligner le genre de l’enfant avec une robe ou un pantalon, ça n’a aucune espèce d’importance”, tranche Kathy Lo, new-yorkaise fondatrice et designer de la marque Two Bridges qui propose un vestiaire unisexe à l’inspiration workwear et sportwear. Ou plus concrètement : des joggings en polaire, des pantalons amples et des vestes de travail coupées dans des toiles de couleurs vives. Même Céline Dion s’y est mise avec Celinununu, une marque non genrée lancée il y a un peu plus d’un an. En conséquence, quand on observe les looks des enfants dans la rue, les différences entre fille et garçon se lissent, au profit de l’aisance dans les vêtements.

L’apogée du vêtement technologique

Un autre grand axe qui est déjà présent, mais qui devrait s’intensifier dans les années à venir, concerne la dimension responsable du vêtement – qui se développe avec encore plus de vigueur chez l’enfant que chez l’adulte. Du choix de la matière à la fabrication en passant par le mode d’achat, toutes les étapes sont scrutées à la loupe, et il y a peu de chances que la tendance s’inverse d’ici 2050. “La génération née dans les années 1990 a grandi dans une surconsommation à outrance, et prend le contre-pied aujourd’hui”, décrypte Alexandra Jubé. Des marques comme Patagonia appliquent à l’enfant la même exigence de fibres recyclées que pour ses collections adultes. N’importe quelle marque qui se lance en 2020 se penche sur cette question et fait des efforts sur son matériau de base. L’autre grande évolution récente, c’est le poids de la seconde main, qui ne fait qu’aller crescendo. Le moyen de consommation est au carrefour de plusieurs dynamiques : un pouvoir d’achat qui stagne alors que la croissance des os des enfants va toujours bon train, elle, et implique un renouvellement constant de leurs fringues ; un élan responsable qui invite à redonner une seconde utilité à tous ces vêtements dont la durée de vie n’excède pas quelques mois ; et enfin un pas de côté vis-à-vis des best sellers de la saison qui permettent de ne pas croiser cinq enfants habillés avec le même sweat H&M ou Petit Bateau que celui du petit dernier au parc ou à l’école. Le bon coin et Vinted carburent déjà à plein pour les vêtements d’enfant, comme pour dire que la seconde main sera une composante essentielle du vestiaire du futur.

Toujours dans l’objectif de consommer moins mais mieux, certaines marques misent sur des fringues adaptables qui suivraient l’enfant pendant plusieurs années. Parmi les nombreux projets qui voient le jour, les plus ambitieux sont les salopettes ajustables de Little Woude, les vestes aux manches réglables de Jake + Maya [Kids], en encore Petit Pli, dont les plissés qui s’adaptent à la croissance du corps de l’enfant sortent tout droit de l’imagination d’un ingénieur londonien ; entre autres. D’ailleurs, en matière de technologie, les tissus intelligents, qui mesurent des données de santé, de la température au rythme cardiaque, seront très probablement appliqués aux vêtements pour enfants, dès lors que l’on sera sûr qu’ils ne leur font encourir aucun risque. Alexandra Jubé ajoute à la liste les solutions de tracking qui sont pour l’instant plutôt imaginées dans des boîtiers ou des bracelets connectés, mais pourraient tout à fait se glisser dans une couture ou la doublure d’une veste. Au rayon technique, l’essor de la pratique du vélo, notamment en ville, affectera le style des enfants, avec des capes, qui permettent de tenir le guidon tout en restant protégé de la pluie, mais aussi des vêtements réfléchissants. Chantal Danguillaume pointe une autre évolution sociétale qui s’invite dans le vestiaire des enfants : “Récemment, j’ai vu apparaître des propositions vestimentaires autour de l’école Montessori, qui prône l’autonomie de l’enfant, et donc l’idée qu’il s’habille seul. Cela se traduit par un pantalon qui peut aussi bien se porter à l’endroit qu’à l’envers ou bien une chaussure de chaque couleur.

Vêtement = engagement ?

Le constat revient pour chaque génération : les enfants sont conscients de plus en plus tôt. Avec l’accès à Internet et aux réseaux sociaux, les mômes sont sensibilisés à des questions environnementales et politiques plus tôt qu’avant, et une des conséquences est qu’ils ont parfois envie de s’engager. Les militants comme Greta Thunberg ou les manifestations de la jeunesse pour le climat rendent le phénomène visible et tangible. Et cela peut rejaillir sur ce qu’ils portent, avec des slogans ou des revendications affichées sur la poitrine. “Quand on pensait à 2050 il n’y a pas si longtemps, on imaginait des voitures volantes, des accouchements dans l’espace, des choses folles, mais on a tendance à aller trop vite, je pense que l’enfant de 2050 sera plus vintage, habillé en seconde main, pour s’adapter aux ressources, pour aller dans le sens de cette sensibilisation de plus en plus jeune”, soutient Louise Roze. En résumé, enveloppé dans un pantalon ample sous une tunique large tissée dans une matière recyclée, dans laquelle une puce GPS microscopique sera cousue, l’enfant de 2050 sera probablement en sécurité en plus d’être monitoré, éco-friendly, personnalisé et engagé. Mais aura-t-il de l’allure ? C’est un autre débat.

 Texte par Gino Delmas initialement publié dans le Doolittle Hors-Série n°7 "Le meilleur est avenir". 

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