Mon week-end au Wheels and Waves

Par Anne-Charlotte Vermynck, fondatrice de Doolittle

Juin 2018, Biarritz, le soleil est au zénith. Des vrombissements de moteurs sur fond d'air iodé, des planches qui surfent sur l'eau ou dans l'air... Bienvenue à la septième édition du Festival Wheels and WavesWheels and Waves, c'est l'histoire et le rêve de trois potes : Julien Azé, Vincent Prat et Jérôme Allé, passionnés de glisse et de moto qui ont fait de leurs hobbies un mode de vie qui se partage en famille. Au départ quelques-uns, aujourd’hui, une meute. 

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Au Village, à la Halle Iraty

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Blanche, 5 ans, et sa mère Joana

En quelques années à peine, Wheels and Waves est parvenu à rassembler une communauté aussi vaste qu'éclectique. Ici, les âges, les langues et les cultures se mélangent, les barrières sociales fondent comme neige au soleil, et tout le monde regarde dans la même direction, les yeux rivés sur l'horizon d'un Océan qui recrache pendant trois jours des surfeurs avides de sensations fortes.

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Surf sur la plage Milady

Entre Saint-Pée-sur-Nivelle et San Sebastian, entre sable et asphalte, couchers de soleil, concerts, food, balades, et belles rencontres : pendant quatre jours, on vit au rythme du Wheels, où les enfants s’éclatent autant que les parents. 

Mais qui sont ces kids que l’on croise au Wheels ? Les cheveux blondis par le soleil, la peau salée et dorée, ils arborent le même sourire : celui d’une enfance empreinte d’un vent de liberté. Ils rident le nez en l'air et déclinent - à leur façon -  une passion qui se transmet des parents aux enfants, et des grands aux petits frères et sœurs. Une véritable histoire de famille. 

Le premier rendez-vous est pris sur la plage Milady pour la compétition de surf du matin. Les kids du Wheels sont partout, mais il ne m’a pas fallu longtemps pour repérer Jules et Jean, graines de champion vers qui mon flaire me guide. Portraits.

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Jean, 13 ans, fait partie des surfeurs de la plage Milady. Aîné d’une famille de 4 enfants, il s’adonne à sa passion depuis ses 6 ans et fait de la compét’ depuis 4 ans. Il est classé dans les 10 premiers français de sa catégorie 12-14 ans. Pendant son temps libre, il surfe en famille ou avec son coach sur les eaux chaudes du globe : Nicaragua, Costa Rica, Sri Lanka, Bali…

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Jules Lepecheux, 16 ans, surf quant à lui depuis 4 ans sur la Côte des Basques. Depuis 2 ans, il surfe sur un longboard « traditionnel », c’est-à-dire sans Leash (une manière de surfer où tout repose sur le style de la glisse). Dernièrement, il était l’un des plus jeunes participants de la compétition de Vans Duct Tape à Zarautz. Et ce jour-là, il a fini en quart de finale !

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Après le sable, retour sur le bitume et direction le village du Wheels, point de ralliement du festival où je rencontre les enfants de Julien Azé et Jerôme Allé, deux des trois fondateurs de la manifestation.

Dans les allées du village, je croise Violette, 10 ans, une casquette à l’envers vissée sur la tête trahissant son penchant pour le skate et son frère Joseph, 13 ans, le kid rebelle qui s’est affranchi de l’esprit bolide du Wheels pour rouler en trottinette. Toujours prêts à donner un coup de main derrière le stand du festival, ils arpentent les allées avec fierté. Sur leurs visages d’ados impressionnés, on lit toute l’admiration qu’ils ont pour leur papa Julien Azé.

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Violette, 10 ans, veste et casquette Pure et Joseph, 13 ans, t-shirt United Garment avec leur père Julien Azé, sur la moto fabriquée par ce dernier à partir d’un modèle de chopper Norton Commando 850cc de 1974

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 Violette, 10 ans, et son frère Joseph, 13 ans, accoudés au stand du Wheels au village.

Les yeux aussi emplis d’admiration pour son père Jérôme Allé, Lilou, 14 ans, me raconte à son tour son histoire. Très vite, elle partage avec moi un souvenir édifiant : un voyage aux États-Unis avec ses parents. Elle a douze ans quand pendant trois semaines, elle parcourt la Californie  derrière la moto de son papa, pendant que sa maman conduit leur vieux pick-up. Trois semaines qui la marqueront pour toujours.

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Lilou, 14 ans, et son père Jérôme Allé sur sa Harley Davidson Sportster XLCH de 1971

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De gauche à droite : Julien Azé et ses enfants Joseph et Violette, en compagnie de Lilou et son père Jérôme Allé

Entre deux compétitions, Julien Azé et Jérôme Allé laissent leurs kids déambuler entre les tentes army du festival pour m’accorder une interview en duo. 

A-C.V. Comment passe-t-on d’un hobby entre potes à un projet d’une telle ampleur ?

Julien Azé : Par étapes. Les réseaux sociaux ont été notre premier point de rencontre avec les personnes qui partageaient nos centres d’intérêt en France et ailleurs dans le monde. De là est née l’envie de rencontrer ces personnes, en organisant une sorte de petit rendez-vous annuel en comité réduit. Les images ont plu, des marques se sont intéressées au mouvement et ont voulu y associer leur image, tout ça s’est propagé très vite. Rapidement, il a fallu créer une société pour financer l’évènement et le rendre pérenne. Le développement du festival est proportionnel à l’engouement qu’il suscite auprès des initiés, des curieux, des partenaires.

Jérôme Allé : Je dirais assez simplement, quand je regarde en arrière. Nous transmettons ce qui nous anime sans stratégie particulière, sinon celle de placer la barre toujours plus haut pour surprendre nos visiteurs et nos partenaires, mais aussi pour nous nourrir nous-mêmes, nous inspirer… Le reste, c’est uniquement du travail, énormément de travail.

 

A-C.V. Le Wheels and Waves, en 3 mots ? 

Julien Azé : De mon point de vue : du temps, de l’engagement et des emmerdes… Pour qu’au final, le visiteur retienne : du fun, de la liberté et du cool.

Jérôme Allé : Rencontres, partage et émotions.

 

A-C.V. La transmission de votre passion à vos enfants, c'est directement inscrit dans l'ADN, ou cela se travaille un peu ? 

Julien Azé : Je ne cherche pas à leur transmettre mon goût du surf, du skate ou de la moto. Mes enfants baignent naturellement dans mon univers, ce qui ne veut pas dire que la greffe prenne. Si je devais leur transmettre quelque chose, ce serait plutôt un état d’esprit, quelque chose qui aurait à voir avec la recherche de l’aventure, le plaisir de rompre avec la routine, l’idée de prendre la route, de s’évader. 

Jérôme Allé : Tout comme n’importe quel parent, il y a toujours la volonté de transmettre sa propre culture, tout en laissant le libre arbitre ou la sensibilité propre de l’enfant, mais je pense que consciemment ou pas, c’est un souhait profond. Il est clair qu’en ce qui concerne notre activité, nos enfants ne luttent pas trop pour se laisser bercer par notre univers.

 

A-C.V. Et de votre côté, vos parents ont-ils quelque chose à voir avec votre passion ?

Julien Azé : Absolument ! J’ai reçu une éducation très classique, voire bourgeoise, mon père n’a jamais mis les mains dans un moteur. Pour ma part, je n’ai jamais aimé le conformisme et j’ai toujours eu tendance à prendre le contre-pied de ce qu’on me proposait. Donc oui, mes parents ont quelque chose à voir avec cette passion. Je dois quand même rendre justice à mon père qui m’a ramené des Etats-Unis mon premier skateboard rouge en 1981. 

Jérôme Allé : Mises à part les chevauchées héroïques de la littérature française, pas vraiment. Pas de surf, skate ou moto de leur côté, mais certainement une idée forte de la camaraderie qui est un élément essentiel du Wheels and Waves.

 

A-C.V. Avant d’être un festival d’initiés, le WW, c’est d’abord un état d’esprit viral qui se propage dès qu’on y met les pieds ! Avez-vous conscience de la puissance de ce phénomène ?

Julien Azé : Le point commun entre les différents univers qui se croisent au Wheels and Waves, c’est la recherche d’esthétisme, la notion de liberté. Mais je pense que la recette fonctionne parce qu’on va bien au-delà du rendez-vous d’initiés : il y a des expositions, des concerts, de la bonne bouffe et des tas de personnes issues de différents milieux d’influence qui se nourrissent les uns des autres. Nous sommes très loin du rassemblement de motards, ça rafraîchit le genre !

Jérôme Allé : Oui, c’est un phénomène marquant depuis les premières éditions.

Pour nous, l’esthétique, la recherche du beau et les valeurs qui s’y rattachent sont des éléments essentiels de notre ADN. Beaucoup de marques, partenaires ou pas, viennent s’y inspirer.

 

A-C.V. Plus tard, vous préférez imaginer vos filles avec un motard, un surfeur, un skateur ou un comptable ? 

Julien Azé : Si ma fille est aussi conformiste que moi, elle épousera un comptable… Je préfère un comptable qui a bon esprit qu’un surfeur abruti.

Jérôme Allé : (Rires). C’est très étonnant, je ne m’étais jamais posé la question sous cet angle ! Puisqu’il faut être honnête, la seule chose qui m’importe, c’est qu’elle soit heureuse avec l’homme qu’elle aura choisi. Et s’il est cool et qu’il partage les mêmes passions, ce ne sera que mieux (peut-être aurais-je alors le sentiment d’avoir transmis quelque chose…). 

 

A-C.V. Entre esprit de compétition et chill : comment trouve-t-on le bon équilibre ?

Julien Azé : Personnellement, je suis contre la compétition, la compétition amène de la dualité voire de la rivalité et du coup un mauvais état d’esprit, c’est un des débats qui nous anime en interne. Je serais pour juger les participants aux contests de l’évènement sur l’humeur, le style. La première année, le gagnant était tiré au sort ! Ca, c’est cool. Quant au chill, pour moi c’est un van, avec une moto, des planches de surf, un skate, direction les Landes avec ma femme et mes enfants.

Jérôme Allé : Nous n’aimons pas l’esprit de compétition, c’est d’abord de l’amusement que nous recherchons. Il n’y a rien ou pas grand chose à gagner en participant aux courses ou contest, il faut juste que tout le monde se fasse plaisir. Si on ne concoure pas pour gagner, tout est super cool.

 

A-C.V. C’était quoi votre rêve d’enfant ?

Julien Azé : Ne plus aller à l’école… Ce qui a fini par arriver. Comble de l’ironie : j’interviens de temps à autre auprès d’étudiants à l’université.

Jérôme Allé : Etre Evel Knievel (un motard et cascadeur américain, ndlr). 

 

A-C.V. Pour les kids, le festival propose des compétitions de surf et de skate. A quand les courses de mini-motos ?

Julien Azé : Ca n’est pas dans les tuyaux.

Jérôme Allé : Il y a fort à parier. Pas des courses, bien sûr, mais nous travaillons beaucoup sur le fait d’intégrer les plus jeunes dans le festival, c’est un sujet qui me tient à cœur.

 

A-C.V. Votre meilleur souvenir depuis la création du festival ?

Julien Azé : Pendant la durée du festival, toutes éditions confondues : les petits-déjeuners avec le crew et les guests, un moment de découverte, de récits et de partage avant la folie de la journée qui s’annonce. Sinon l’expo Artride, parce que ce n’est pas moi qui gère la mise en place, du coup, je ne suis pas sollicité, je profite. 

Jérôme Allé : Ma fille faisant signer très timidement sa planche à Steve Caballero. Ce que cela représente pour moi est très long à expliquer. C’est un souvenir parmi bien d’autres…

 

A-C.V. Et le plus difficile ? 

Julien Azé : Retenir à bout de bras une tente militaire de 100 kg avec une ficelle pendant une tempête… Ce qui s’est passé cette année deux jours avant l’ouverture du festival ! 

Jérôme Allé : Cette année, le village dévasté par la tempête deux jours avant l’ouverture du festival.  

 

A-C.V. C’est vraiment un super festival. Pour que son succès dure, il faudrait encore l’améliorer ?

Julien Azé : Oui, chaque nouvelle édition est une remise en question. On cherche à chaque fois à tirer des leçons de nos erreurs, à proposer des choses différentes, à s’extraire de l’univers pur de la moto, du surf ou du skate. On observe ce qui se fait ailleurs, on voyage, l’inspiration est partout.

Jérôme Allé : Bien sûr ! Nous travaillons déjà sur les réglages à peaufiner pour 2019.

 

A-C.V. Une des valeurs phares du Wheels, c’est la liberté. Je vous laisse donc finir cette interview comme vous le souhaitez : c’est à vous !

Julien Azé : Surfez, taillez des courbes, prenez la route, faites des projets, photographiez, écrivez, mettez-y du style, du bon esprit et du cool et revenez dans un an partager tout ça avec nous !

Jérôme Allé : Wheels and Waves est un révélateur qui permet de retrouver une certaine insouciance si chère à nos enfants, dans ce monde formaté. Nous avons l’impression, en l’espace de 4 jours, de retrouver une liberté disparue…

 

Un festival tourné vers l’avenir. A l'année prochaine ! Je ne sais pas vous, mais moi j'y serai.

Photos : © Mathieu Hémon

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