Métro, boulot, marmot

Incroyable

Un couple gay a trouvé son bébé dans le métro new-yorkais.

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Un soir, en se rendant à un dîner, Daniel aperçoit une forme noire, dans un coin du métro new yorkais. Intrigué, il se penche et découvre un nourrisson emmitouflé. Aujourd’hui, l’enfant a 13 ans et il mène une existence normale en compagnie de Daniel et son compagnon. C’est l’incroyable histoire de l’orphelin du métro.

C’est un soir d’août comme les autres. Il fait chaud, humide sur New York et Daniel doit rejoindre Pete, son compagnon, dans un restaurant de la Huitième avenue. Emporté par le flot habituel des voyageurs du métro, il s’extrait du wagon et se dirige vers la sortie. Mais, dans un coin, une vague forme noire attire son attention. Un jouet perdu, sans doute. Puis il s’engage dans l’escalier menant à la surface. Avant de se retourner. Par reflexe. Il voit la forme bouger. Trois fois rien. Un frémissement. Mais Daniel se précipite en bas des marches, et s’approche rapidement de la forme noire. Il distingue d’abord un sweat-shirt. Puis il l’ouvre. A l’intérieur ? Un bébé. Le cordon ombilical encore accroché au nombril, le nourrisson a la peau marron clair. Il est paisible, silencieux au milieu des passants qui ne le remarquent même pas. Il est né un jour plus tôt.

Paniqué, Daniel se précipite alors vers la cabine téléphonique la plus proche, laissant le bébé sur place de peur de lui faire mal en le prenant dans ses bras. Il compose le 911. Au bout de la ligne réservée aux appels d’urgence, l’opérateur ne croit pas en son histoire. Daniel appelle donc Peter, qui l’attend, attablé, à quelques mètres de là : « J’ai trouvé un bébé ! J’ai trouvé un bébé ! », hurle-t-il. Peter demande à Daniel de se calmer et de lui expliquer clairement la situation. Mais, au téléphone, Daniel semble trembler, complètement bouleversé. Peter ne comprend rien. « J’ai trouvé un bébé ! Je ne veux pas le laisser seul. Rejoins-moi et essaie de faire signe à une voiture de police ! » Peter se met alors à courir en direction de la bouche de métro. « J’entendais le cœur de Daniel battre à travers la ligne de téléphone », écrira-t-il sur son blog.

La folle question de la juge
Lorsque Pete arrive sur place, la police est déjà là. Les caméras de télévision ne tardent pas à arriver. Les passants aussi s’arrêtent pour tenter de comprendre la situation. Daniel et Peter sont interrogés. L’enfant s’éloigne, en ambulance. De retour chez eux, les deux hommes refusent de penser qu’ils ne le reverront plus jamais. Dès le lendemain, Daniel se rend donc à l’hôpital où le bébé a été admis. Il demande à pouvoir lui rendre visite. Mais l’administration est intransigeante. Seule la famille a le droit de visite. Rien n’y fait. Pendant plusieurs jours, les deux hommes insistent pour avoir des informations, et apercevoir le nourrisson. Par un ami d’un ami, ils finiront par apprendre que la grand-mère s’est manifestée et qu’elle va le prendre en charge. Tout est bien qui finit bien.

Mais l’histoire ne fait que commencer. Trois mois plus tard, le téléphone sonne au domicile des deux hommes. C’est une juge chargée des affaires familiales qui appelle. Elle apprend au couple que l’information concernant la grand-mère de l’enfant était fausse. Celle-ci ne s’est jamais présentée. La mère a elle été localisée, mais elle ne souhaite pas récupérer la garde de son fils. Une procédure judiciaire est ouverte pour maltraitance. Daniel est appelé à témoigner la semaine suivante au tribunal. Sa déposition ne durera que quelques minutes. Mais, au terme de celle-ci, la juge confie à Daniel : « Il faut que vous sachiez ce qui se passe. Quand nous avons un bébé abandonné, nous essayons de le placer aussi vite que possible dans un foyer. » Elle marque une pause. Puis reprend : « Seriez-vous intéressé pour adopter cet enfant ? »

En trois ans de vie commune, Pete et Daniel n’ont jamais évoqué l’éventualité d’adopter. Scénariste en herbe travaillant comme dactylo à temps partiel pour l’un et assistant social sous-payé pour l’autre, le couple ne roule pas sur l’or. Un troisième mec dort même dans leur salon pour les aider à payer le loyer. Mais l’expression américaine « in a New York minute », qui désigne ce court instant durant lequel tout peut arriver dans la ville qui ne dort jamais, n’a jamais été aussi approprié. Daniel répond sans hésiter : « Oui, même si je sais que ce ne sera pas facile », dit-il. « Cela peut l’être », se contente de répondre la magistrate.

36 heures d’attente plutôt que neuf mois de souffrance
D’abord effrayé par la nouvelle – « Tu es fou ? Comment as-tu pu accepter sans qu’on en discute avant ! »-, Pete se rend rapidement à l’évidence. Une telle opportunité tient du miracle. Les deux hommes s’y voient déjà. Avec la complicité d’une assistante sociale, ils s’arrangent pour rendre visite au bébé, quelques semaines plus tard, dans sa famille d’accueil. Conscient que le processus d’adoption comporte des cours de parentalité intensifs pouvant durer jusqu’à neuf mois et sans garanties de résultats positifs, et peu confiants envers le système d’adoption en général, le couple se promet de ne pas s’attacher au bébé qui a désormais 4 mois. Peine perdue. Les neuf mois d’attente nécessaires pour préparer l’éventuelle arrivée du bébé s’annonce comme une éternité.

Mais une semaine plus tard, lors d’une nouvelle entrevue au tribunal, la juge, décidément peu avare en surprises, leur demande s’ils seraient prêts à recevoir l’enfant lors des prochaines vacances. Pas à partir du Memorial Day du dernier lundi de mai ou du Labor Day du premier lundi de septembre, comme l’imagine Pete, mais bien à partir des vacances de fin d’année, qui sont toutes proches. Les neufs mois d’attente tant redoutés se transforment en 36 heures, et le conte de fées devient un conte de Noël que même le plus excentrique des scénaristes n’aurait osé présenter à un producteur.

Pete et Daniel demandent à leur colocataire de trouver un autre canapé à squatter. Durant un an, ils élèveront leur futur fils en qualité de famille d’accueil, recevant régulièrement les visites de l’assistante sociale, rapidement favorable à une adoption. Mais des questions obsèdent les futurs papas. Qu’est-ce qui est passé par la tête de cette juge ? Savait-elle que Daniel était assistant social ? Si oui, était-ce la raison pour laquelle elle avait estimé qu’il ferait un bon père ? Lui aurait-elle proposé d’adopter si elle avait su qu’il était gay ?

Après leur dernière convocation au tribunal, sitôt les papiers signés et scellant définitivement l’adoption, Pete ne peut s’empêcher de demander à la juge pourquoi elle a proposé à « Danny » d’adopter l’orphelin. « L’intuition », lui répond simplement la bienfaitrice qui ajoute, avant de quitter la salle d’audience : « J’ai eu tort ? » Kevin, le bébé du métro, est aujourd’hui en mesure de lui répondre « non » entre deux balles de baseball échangées avec ces deux papas, mariés depuis 2011. Et qui sait, peut-être se rend-il à l’école en métro ? 

Un tel cas serait-il possible en France ?
Inutile de faire durer le suspense, la réponse est non. En France, une personne n’est pas prioritaire à l’adoption lorsqu’elle trouve un enfant. Surtout si elle n’en a jamais fait la demande, comme c’est le cas pour Pete et Daniel. Comme le précise Jennifer Smadja, avocate au barreau de Paris spécialisée en droits de la famille : « Ce serait particulièrement injuste vis-à-vis des gens qui attendent depuis des années et qui bénéficient d’un agrément de la DDASS obtenu au bout d’un certain nombre de rendez-vous et d’enquêtes. Entrer dans le circuit de l’adoption en France prend un temps fou. » De plus, la loi française stipule que « les enfants sont déclarés abandonnés par décision de justice quand il y a un désintérêt manifeste de leurs parents depuis plus d’un an. » Il est donc impossible qu’un tribunal français propose une adoption trois mois à peine après la découverte d’un bébé, comme l’a fait celui de New York. Même pour les enfants déclarés pupilles de la Nation par les services sociaux (accouchements sous X, parents tués au combat…), adoptables dans des délais plus courts, trois mois ne suffisent pas. Par contre, comme ce fut le cas pour Kevin, les parents qui ont trouvé l’enfant peuvent demander sa garde à titre provisoire, en tant que famille d’accueil. Mais là encore, les démarches prennent bien plus de trois mois. Le fait que Pete et Daniel soient gays ne poserait légalement pas de problèmes en France pour qu’ils deviennent famille d’accueil. Mais les mentalités évoluant moins vite que les lois, cela pourrait leur porter préjudice au moment d’obtenir l’agrément.

Texte Mathias Edwards, Illustrations David Lanaspa
Article paru dans Doolittle n°15 "Pourquoi font-ils autant de bêtises ?"

 

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